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LA GRANDE AVENTURE DE LE MOYNE D’IBERVILLE

son fils. Il tenta d’expliquer qu’il faudrait s’occuper de Geneviève, ne pas attendre au retour de l’expédition. Dans ses phrases embrouillées, Mme de Longueuil crut discerner le refus de partir. Elle atteignit à la haute éloquence ! Elle jouait un peu l’indignation, elle feignait de se méprendre sur le sens des paroles de Pierre : c’était si commode pour éviter la question du mariage ! Pierre était si jeune et Geneviève si écervelée !

Comment Mme de Longueuil aurait-elle pu comprendre les scrupules de M. d’Iberville ? Inconsciemment peut-être, Pierre éprouve une délicatesse de sentiments inconnue à ses parents. Oh ! il ne se met pas martel en tête pour des états d’âme intéressants. Seulement, il est allé à Versailles ; il fréquente les élégants officiers venus de France ; il fait figure de gentilhomme. Peu à peu, il a eu de l’honneur une conception plus subtile. Il est de la seconde génération d’une famille ascendante, de la génération qui a franchi l’étape, qui s’éloigne de la rudesse des origines. Le vilain ne paraît plus guère en lui. Par d’autres voies, il arrive au même but que son frère aîné, l’ancien élève des grandes écoles de France.


Qu’on est loin des modestes débuts du père ! Charles Le Moyne quittait la taverne paternelle, en 1641, à quatorze ans, pour venir à Québec avec