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LAURIER ET SON TEMPS


L’incident Dundonald


L’incident Dundonald est un exemple frappant de la facilité avec laquelle l’esprit de parti peut, dans ce pays, soulever les préjugés nationaux.

Lord Dundonald avait été désigné, par les autorités impériales, pour commander et réorganiser la milice canadienne, et il avait été accepté par le gouvernement canadien. Il arrivait au Canada avec le prestige que donnent une longue et glorieuse suite d’aïeux et des services éclatants rendus à l’Empire, dans la carrière des armes, et spécialement dans la déplorable guerre du Transvaal. Mais il arrivait aussi avec une idée exagérée de ses droits et de ses pouvoirs, avec des projets de réorganisation militaire trop onéreux pour un jeune pays comme le nôtre et peu conformes aux goûts et aux intérêts de notre population.

La résistance que le gouvernement canadien opposa à ses projets l’exaspéra, et à propos de la nomination du colonel d’un régiment de volontaires, que le département de la Milice refusa de sanctionner, il s’emporta, et dans un banquet public, il exhala ses plaintes contre le gouvernement en termes amers, violents. Il protesta contre l’intervention des membres du cabinet dans la nomination des officiers de milice, et les accusa de nullifier les efforts qu’il faisait pour mettre le Canada en état de se défendre.

Ses paroles produisirent un émoi que les journaux de l’opposition ne manquèrent pas naturellement d’exploiter.

Mais le gouvernement, ainsi mis en cause et si irrégulièrement traîné devant le tribunal de l’opinion publique, fit face à l’attaque du bouillant et imprudent général, et le