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LAURIER ET SON TEMPS

« Toutes les âmes vraiment patriotiques ont tressailli d’un noble orgueil, lorsque le canon de la citadelle de Québec fit résonner sa grande voix pour saluer le premier gouverneur français depuis 1760… Il faut être un renégat ou un annexionniste (sic) pour ne pas admirer les hommes d’État qui nous ont restitué notre complète autonomie, et confié le dépôt sacré de nos traditions nationales à un gouvernement choisi parmi nous et composé des nôtres ».

M. Laurier, commentant ces paroles, ajouta avec énergie :

« Si nous, le peuple de la province de Québec, devons être les premiers à porter une main sacrilège sur l’arche sainte de nos libertés, combien de temps pouvons-nous espérer que ce système se maintienne ? Si nous devons être les premiers à attaquer le système fédéral, le canon de la citadelle de Québec aura encore à faire retentir sa grande voix pour sonner le glas de nos libertés provinciales ».

L’affaire était jugée d’avance, la cause gagnée avant d’être entendue ; la motion Mousseau fut emportée par la majorité ordinaire du gouvernement.

Les libéraux disaient :

La démission du lieutenant-gouverneur par le Parlement fédéral est le coup le plus fatal porté à l’autonomie et à l’indépendance des provinces depuis la Confédération ; elle signifie que les lieutenants-gouverneurs sont des fonctionnaires du gouvernement fédéral, des serviteurs que le maître pourra renvoyer quand il le voudra, que, par conséquent, ils devront en toutes choses lui être soumis et consulter ses désirs. On peut se faire une idée de ce qui arrivera dans un cas de conflit entre le pouvoir local et les autorités fédérales, dans une lutte où les provinces défendraient leur autonomie sérieusement menacée. Que ferait le lieutenant-gouverneur, placé, comme il le serait, entre le besoin de plaire aux autorités qui l’ont nommé et peuvent le destituer, et son désir de protéger sa province ?