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LAURIER ET SON TEMPS

tombe ; ils sont eux-mêmes dans les fers, mais du fond de leurs cachots, déjà, ils peuvent voir qu’elle s’est levée sur leur pays l’aurore de cette justice, l’aurore de cette liberté après laquelle ils soupiraient.

« Oui, leur martyre a préparé le triomphe de leur pays ! Ils sont dans les fers aujourd’hui ; mais les droits pour lesquels ils se sont battus sont reconnus. Nous n’avons pas encore devant nous le rapport de la commission, mais nous savons que déjà l’on a fait droit à plus de deux mille des réclamations si longtemps repoussées. Mieux que cela encore. Nous lisons dans le discours du trône qu’enfin ces territoires vont avoir une représentation dans le Parlement. Voilà encore une mesure de justice qui était réclamée depuis longtemps, mais en vain, de ce côté de la Chambre. Cela ne se pouvait pas alors ; mais après la guerre, cela se peut ; c’est la dernière conquête de cette insurrection. Oui, je le répète encore, leur martyre a préparé le triomphe de leur pays, et ce seul fait nous prouve qu’il y avait là cause suffisante, indépendamment de toute autre, pour se montrer clément et pour celui qui est mort et pour ceux qui survivent. »

M. Laurier avait prononcé son discours en anglais, dans un anglais irréprochable. J’ai cru devoir en publier quelques extraits, malgré la pauvreté de la traduction officielle, afin de donner une idée de l’argumentation solide et brillante qui le caractérise.

Laurier avait à peine prononcé les dernières paroles de son discours, au milieu de l’émotion générale de la députation et du public, que la plupart des députés l’entouraient pour le féliciter chaleureusement.

La Chambre paraissait tellement impressionnée que sir John-A. Macdonald ne voulut pas qu’elle restât sous l’empire de l’émotion qu’elle éprouvait et manifestait. Il demanda l’ajournement de la Chambre.

Le lendemain, M. Blake, dont le témoignage a une grande valeur, disait :