Page:De Banville - Odes Funambulesques.djvu/177

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Les fleurs de la prairie, espoir des herboristes !
― Car ce siècle sans foi ne veut plus qu’acheter, ―
Semblables aux tableaux des gens trop coloristes,
Arboraient des tons crus de pains à cacheter.

Et, comme un paysage arrangé pour des Kurdes,
Les ormes se montraient en bonnets d’hospodar ;
C’étaient dans les ruisseaux des murmures absurdes,
Et l’on eût dit les rocs esquissés par Nadar !

Moi, saisi de douleur, je m’écriai : « Cybèle !
Ouvrière qui fais la farine et le vin !
Toi que j’ai vue hier si puissante et si belle,
Qui t’a tordue ainsi, Nourrice au flanc divin ? »

Et je disais : « O nuit qui rafraîchis les ondes,
Aurores, clairs rayons, astres purs dont le cours
Vivifiait son cœur et ses lèvres fécondes,
Étoiles et soleils, venez à mon secours ! »

La Déesse, entendant que je criais à l’aide,
Fut touchée, et voici comme elle me parla :
« Ami, si tu me vois à ce point triste et laide,
C’est que Monsieur Courbet vient de passer par là ! »