Page:De Banville - Odes Funambulesques.djvu/332

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


entrant dans la salle de Vachette elle aperçût une notairesse en bonne fortune avec son mari, rien alors ne pouvait l’empêcher d’entonner d’une formidable voix de contralto sa chanson favorite : Un général de l’armée d’Italie ! ― Cette chanson, je me la rappelle encore jusqu’à la dernière syllabe ; mais trop de dames aujourd’hui savent le latin pour que, même transcrite en latin, je puisse la donner ici. D’ailleurs, aimable, bonne enfant, spirituelle, comme je l’ai dit, très grande et svelte sans maigreur, avec la poitrine plate comme celle d’un homme, elle était exactement, selon la curieuse expression de Baudelaire, un ami avec des hanches. ― A propos de Baudelaire, Pomaré en grande toilette, cherchant des appartements, entre un jour, guidée par la portière, dans le joli logement que le poëte occupait à l’hôtel Pimodan, quai d’Anjou, et qu’il devait alors quitter. Charmée par une installation d’artiste qui ne ressemblait à rien de ce qu’elle avait vu, Pomaré admira longuement le papier à grands ramages rouges et noirs, la tête peinte par Delacroix, la grande table de noyer façonnée si artistement avec d’insensibles contours que, lorsqu’on s’asseyait pour lire, le