Page:De Banville - Odes Funambulesques.djvu/340

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joué les Arlequins. Joseph Kelm, vieillard chauve, israélite, à la face de satyre, qui semblait taillée à coups de sabre, datait de la première Renaissance d’Anténor Joly. Acteur d’opéra, chanteur de chansonnettes, argentier et joaillier par occasion, marchand d’huile de Provence et modiste sous le nom de sa femme, cet homme prodigieux eût réalisé des bénéfices dans les déserts de la Libye et gagné de l’argent sur le radeau de la Méduse. Il avait reçu le don, qu’Hervé exploita souvent, de produire avec sa langue un bruit analogue à ceux de la crécelle et des castagnettes. C’est ce que j’appelle, page 106, refrain dont l’acteur Kelm a le secret.

Hervé trouvait en lui un admirable compère, et il se plaisait, comme repoussoir, à le costumer grotesquement en femme ; tandis que lui, Hervé, qui a toujours aimé à être joli sur la scène, il se montrait, par exemple, dans un ajustement dont toutes les parties, y compris les souliers et le chapeau, étaient faites de satin rose. Une légende (empirique, je n’ai pas besoin de le dire,) prétendait même qu’une grande dame s’était éprise d’Hervé, comme la marquise de George Sand du comédien Lélio, et l’avait fait venir chez elle dans ce costume de