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GILBERTE D’AIGLYMORT


À mes Parents.

Jadis, à l’endroit où la rivière s’enfonce entre deux murailles de granit, si hautes que l’eau y perd sa clarté d’argent pur, se dressait au sommet de ces rocs arides le château d’Aiglymort. Les ans ont fait des ruines de cette forteresse et ces ruines elles-mêmes disparaissent peu à peu. Parfois, de lourdes pierres, comme poussées par mille bras invisibles, se désagrègent des courtines et tombent dans la rivière avec un effroyable bruit qui gronde par la contrée.

Au crépuscule, Aiglymort profile ses créneaux sur le ciel teinté d’ors aux nuances infinies, où, tel un diamant, scintille l’éclat de la première étoile. Le château à cette heure est gris parmi les rochers violets, où s’attache le vert des frondaisons.

Il semble que parmi ses ruines passent les vols blancs d’êtres immatériels, que de la vallée noire montent des formes de brouillard. Alors le château ressuscite. Des frissons courent par l’herbe entre les pierres disjointes, des ombres circulent dans le donjon et le visiteur attardé à