Page:De Broyer - Feuillets épars, contes, 1917.djvu/49

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— Vous avez vu celui-là ? Eh bien, c’est Jim, Jim Morisson. Ici, tout le monde le connaît, les enfants surtout… C’est un fou !

— Un fou ? demandai-je.

— Oui, Monsieur, et qui a son histoire, une histoire comique, par exemple, — et notre homme fut secoué d’un nouvel accès de gaieté.

— Voyons, il est huit heures… Vous avez le temps, je suppose ? Voulez-vous que je vous raconte l’aventure de Jim Morisson ?

— Bien volontiers ! répondit mon ami qui préférait cela à la généalogie de tout à l’heure.

Le narrateur se servit d’abord une lourde pinte qu’il vida d’un seul trait, puis commença :

— Pour ma part, j’ai connu Jim Morisson quand il était aussi sain d’esprit que vous et moi.

Parfaitement, Messieurs ! Je me souviens qu’il était très studieux à l’école et qu’au prêche, il y en avait peu d’aussi attentifs que lui. Il n’avait qu’un défaut : il était poltron, mais poltron à l’excès. Les moindres choses le faisaient trembler comme une feuille. Durant l’orage, il s’enfermait dans sa chambre et restait des heures entières la tête enfouie sous les coussins. Il faisait de longs détours pour éviter de passer près du cimetière à la brune et pour rien au monde il n’aurait traversé seul la campagne, le soir.

Ses parents essayèrent tous les moyens de le guérir de cette poltronnerie insensée, mais rien n’y fit, Jim ne changeait pas.

Il grandit et resta peureux : comme un lièvre. Ah ! Messieurs, les bonnes farces qu’on fit à ce pauvre Jim !