Page:De Broyer - Feuillets épars, contes, 1917.djvu/51

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Et alors, dès la troisième, Jim devenait plus courageux qu’un lion. Il haussait la voix, prenait des airs fanfarons et plaisantait à son tour les rieurs d’autrefois…

Mais c’est ici, Messieurs, que mon histoire devient plaisante !

Un soir que selon son habitude il buvait ici, Morisson fit ce lugubre pari de passer deux heures au cimetière… Pensez donc, Messieurs, le cimetière qu’il évitait avec tant de précautions quelques mois auparavant !

Les mises furent engagées et Jim, pour se donner le courage d’accomplir ce fait glorieux, ingurgita plus encore que de coutume.

Il partit en titubant un peu. Comme l’église se trouve en face, nous pouvions voir d’ici s’il s’échappait.

Nous attendîmes donc…

Les deux heures s’étaient écoulées depuis longtemps que Jim n’était pas encore revenu.

Inquiets sur son sort, ses amis se décidèrent à aller le rechercher à son lugubre poste. Munis de lanternes, ils pénétrèrent à leur tour dans le cimetière.

Après avoir erré quelque temps parmi les tombes, ils finirent par le découvrir. Savez-vous ce qu’il faisait, Messieurs ? Eh ! Il dormait le plus tranquillement du monde comme s’il se fut trouvé dans son lit.

Alors il vint à l’idée de John Palisbray, un malin comme il y en a peu, de lui jouer un mauvais tour. Il se souvint qu’il avait chez lui un crâne humain qu’il courut chercher. Il le plaça dans les bras du dormeur, puis tous s’en retournèrent, en prenant bien garde de le réveiller.

Cette farce-là devait mal tourner !