Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/129

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


— Asseyez-vous, dit-elle, monsieur Christus. Est-ce que je ne prononce pas bien votre nom pour une Wallonne.

— Oui, mamselle Louise, répondit Christus. Est-ce que je ne dis pas bien Louise pour un Flamand.

Contre la coutume, les rideaux étaient fermés et les stores baissés. On ne pouvait de l’extérieur, voir Christus et Louise, que par la porte que Christus en entrant, avait laissée ouverte.

— Le vent tire ici, dit Louise, si vous fermiez cette porte.

Christus alla fermer la porte ; Louise tremblait.

— Pourquoi donc tremblez-vous, mamselle Louise ? demanda Christus.

— Est-ce que je tremble, moi, répondit Louise, vous vous imaginez cela.

Le cœur de Christus qui depuis si longtemps battait pour l’idéal se mit à battre pour une femme véritable : Christus sentit que Louise souffrait et qu’elle l’aimait. Tous deux se regardèrent fixement pendant quelque temps. Ils se comprirent, les yeux de Louise étaient humides, ses joues rouges et ses lèvres pâles et plissées : Christus saisit une chaise et s’approcha d’elle, elle recula son fauteuil. Il la regarda encore, elle aussi.