Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/136

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Jean obéit et serrant comme dans un étau, la main de Christus :

— Es-tu un brave garçon, demanda-t-il d’un ton rogue.

— Plus que tu ne le crois, répondit Christus, en prenant la main de Jean comme une orange dont il eut voulu exprimer le jus.

Jean ne cria point, mais ce fut par respect pour lui-même.


IX.


Il était tard quand Christus sortit de la ferme ; les Godin montèrent à leurs chambres ; Louise resta seule dans la cuisine. De là, elle entendit ses frères ôter leurs vêtements, jeter leurs bottes, demeurer silencieux, puis ronfler. Ils avaient tous trois bu vaillamment comme c’est la coutume à Uccle et ailleurs, le dimanche.

Onze heures du soir sonnaient à l’église : Christus marchait lentement sur la chaussée, il lui semblait avoir fait un rêve, il était perdu dans ses pensées comme un savant dans ses méditations. Il ne voyait, n’entendait ni ne sentait rien :