Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/194

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être un vase de corail où l’on eût voulu boire le bonheur quitte à mourir après. Tous les bras des gens de la vallée étaient tendus vers elle, tous voulaient l’étreindre, la saisir : elle avait nom amour.

Cependant la corde immense était dans toute son incommensurable longueur couverte de sauteurs de toutes les espèces.

À l’apparition des trois femmes, il arriva d’abord ceci, c’est que les gens d’en bas cessèrent d’envoyer en haut des pièces d’or et d’argent, ensuite que la corde grosse comme dix cables ne parut plus grosse que de neuf, puis diminua, diminua sensiblement, toujours, jusqu’à ce qu’enfin elle se brisât net sous les pieds de ceux qui y dansaient.

Un cri se fit entendre alors, long, aigu, déchirant, un cri à faire glacer le sang dans les veines de la vie elle-même. C’était le cri de ceux qui tombaient dans l’abîme où ils ne se firent d’autre mal que d’être confondus dans la foule des bonnes gens, qui les ayant démasqués, se moquaient d’eux, de leur ambition, de leur danse, de leur vanité et surtout de leur chute.

À ce cri comme celui d’hommes qui se noient il parut à Hendrik qu’il entrait dans un vêtement lourd, froid, épais, humide.

— Mon Dieu ! se dit-il, qu’est-ce donc cela ? Redeviens-