Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/235

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ce n’est point notre Dieu qui agirait si mal envers un chrétien.

Mahom ne voulut point écouter d’abord le moindre mot contre son prophète, mais Roosje lui en dit souvent, et lui l’écoutait volontiers et regardait, tout aise pendant qu’elle parlait, sa bouche mignonne et ses yeux vifs, qui lui voulaient prouver que son Allah ne l’aimait point. Un jour enfin, le treizième, il dit :

— Allah est ingrat.

Et il demanda que Roosje alla quérir Ser Huygs.

Ser Huygs vint et Mahom lui dit :

— Tu fus mon ennemi, tu m’as blessé, mais j’ai dormi dans ton lit et mangé de ton pain, je le pardonne ; dis-moi comment le pardon se donne entre chrétiens.

— Je te le vais montrer, dit Ser Huygs, et te pardonne aussi, car ce que tu fais est bien fait.

Puis il lui donna le baiser de paix que lui rendit le Maure.

Ser Iluygs apprit bientôt de lui qu’il désirait en mariage sa sœur Roosje, et la lui accorda volontiers, le voyant si amendé, et sachant de source certaine qu’il était de bonne race et des plus riches en son pays.

Mahom ayant maintes fois déclaré qu’Allah étant ingrat il ne voulait du tout adorer les dieux de cette sorte, fut baptisé en la collégiale.