Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/28

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X.


Une dizaine de jours s’étaient écoulés ; Hermann et Wildensteen avaient fait plus intime connaissance ; le vieillard était heureux en songeant au mariage qui se préparait et croyait pouvoir regarder comme assuré l’heureux avenir de sa fille. Quant à Wildensteen, il avait pris bravement son parti de quitter la vie de garçon. D’ailleurs, plus il regardait Anna, plus il l’aimait. Non-seulement il pouvait l’envelopper toute entière de son regard amoureux sans rencontrer une imperfection, mais encore il voyait dans ce pur visage, dans ces yeux toujours francs, tant de confiance, de douceur et de noblesse qu’il ne pouvait pas ne pas les adorer.

Le caractère d’Anna avait un peu changé depuis qu’elle était certaine de se marier. Elle pleura quelquefois sans pouvoir dire pourquoi, et fut souvent absorbée, distraite et pensive. Au dîner il lui arriva d’oublier de manger, et au déjeuner, de mordre successivement à cinq tartines de suite, sans en entamer sérieusement aucune. Elle mit plus d’une fois du sucre dans le bouillon et du sel dans le café.