Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/72

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breuses. À peine cette horrible troupe eût-elle tourné le coin du chemin qu’Anna et Isaac en virent venir une autre. Cette fois c’était un homme que poursuivaient des paysans et des gamins. Celui-là courait comme ne saurait courir un cerf effrayé. Il était pâle, blême et bouffi, tenait également ses sabots à la main, et il faisait bien de fuir, car cette fois il ne s’agissait plus de pierres, ni de fumier, mais de fourches et de pioches aiguës, brillantes et meurtrières. Isaac et Anna eurent à peine le temps d’entendre le bruit de ses pieds nus qui foulaient la poussière d’un pas vertigineux. Les paysans qui ne pouvaient le suivre s’étaient arrêtés et criaient : Laffaerd ! laffaerd ! moordenaer ! overspeler ! (lâche, lâche, assassin, adultère), Isaac et Anna se regardèrent effrayés et se dirigèrent vers Dilbeek pour savoir le mot de ce drame : ils arrivèrent sur la grand’place.

Une femme de haute taille, au visage rouge et dont les bras d’hercule étaient nus jusques aux coudes, pleurait et s’essuyait les yeux de son tablier : Mon fils, disait-elle d’une voix rauque, ils me l’auraient tué, ô la coquine, ô le lâche !

— Calme-toi, la mère, disait l’une des voisines, tu les as punis tous deux et ton fils est libre maintenant.

— Mon fils, mon pauvre fils, sanglotait la femme. Elle aperçut soudain Anna dans le groupe : Voilà, dit-elle,