Page:De Coster - La Légende d’Ulenspiegel, 1869.djvu/168

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le puiſſe faire soupçonner d’avoir manqué aux lois & ordonnances de l’empire. Ainſi m’aient Dieu & tous ses saints. »

Jan Van Rooſebeke fut alors entendu & dit « que, durant l’abſence de Soetkin, femme de Claes, il avait maintes fois cru entendre dans la maiſon de l’accuſé deux voix d’hommes, & que souvent le soir, après le couvre-feu, il avait vu, dans une petite salle sous le toit, une lumière & deux hommes, dont l’un était Claes, deviſant enſemble. Quant à dire si l’autre homme était ou non hérétique, il ne le pouvait, ne l’ayant vu que de loin. Pour ce qui eſt de Claes, ajouta-t-il, je dirai, parlant en toute vérité, que, depuis que je le connais, il fit toujours ses Pâques régulièrement, communia aux grandes fêtes, alla à la meſſe tous les dimanches, sauf celui du Saint-Sang & les suivants. Et je ne sais rien davantage. Ainſi m’aient Dieu & tous ses saints ».

Interrogé s’il n’avait point vu dans la taverne de la Blauwe-Torre Claes vendant des indulgences & se gauſſant du purgatoire, Jan Van Rooſebeke répondit qu’en effet Claes avait vendu des indulgences, mais sans mépris ni gaudiſſerie, & que lui, Jan Van Rooſebeke, en avait acheté, comme auſſi avait voulu le faire Joſſe Gripſtuiver, le doyen des poiſſonniers, qui était là dans la foule.

Le bailli dit enſuite qu’il allait faire connaître les faits & geſtes pour leſquels Claes était amené devant le tribunal de la Vierſchare.

« Le dénonciateur, dit-il, étant d’aventure reſté à Damme, afin de n’aller point à Bruges dépenſer son argent en noces & ripailles, ainſi que cela se pratique trop souvent dans ces saintes occaſions, humait l’air sobrement sur le pas de sa porte. Étant là, il vit un homme qui marchait dans la rue du Héron. Claes, en apercevant l’homme, alla à lui & le salua. L’homme était vêtu de toile noire. Il entra chez Claes, & la porte de la chaumine fut laiſſée entr’ouverte. Curieux de savoir quel était cet homme, le dénonciateur entra dans le veſtibule, entendit Claes parlant dans la cuiſine avec l’étranger, d’un certain Joſſe, son frère, qui, ayant été fait priſonnier parmi les troupes réformées, fut, pour ce fait, roué vif non loin d’Aix. L’étranger dit à Claes que l’argent qu’il avait reçu de son frère étant de l’argent gagné sur l’ignorance du pauvre monde, il le devait employer à élever son fils dans la religion réformée. Il avait auſſi engagé Claes à quitter le giron de notre mère sainte Égliſe & prononcé d’autres paroles impies auxquelles Claes répondait seulement par ces paroles : « Cruels bourreaux ! mon pauvre frère ! » Et l’accuſé blaſphémait ainſi notre saint-père le Pape & Sa Majeſté Royale, en les accuſant de cruauté parce qu’ils puniſſaient juſ-