Page:De Coster - La Légende d’Ulenspiegel, 1869.djvu/171

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Sommé de répondre à la queſtion de savoir si le pape eſt le repréſentant de Dieu sur la terre :

— Non, dit-il.

Interrogé s’il croyait qu’il fût défendu d’adorer les images de madame la Vierge & de meſſieurs les saints, il répondit que c’était de l’idolâtrie. Queſtionné sur le point de savoir si la confeſſion auriculaire eſt choſe bonne & salutaire, il répondit :

— Chriſt a dit : « Confeſſez-vous les uns aux autres. »

Il fut vaillant en ses réponſes, quoiqu’il parût bien marri & effrayé au fond de son cœur.

Huit heures étant sonnées & le soir tombant, meſſieurs du tribunal se retirèrent, remettant au lendemain le jugement définitif.


LXXI


En la chaumine de Katheline, Soetkin pleurait de douleur affolée. Et elle diſait sans ceſſe :

— Mon homme ! mon pauvre homme !

Ulenſpiegel & Nele l’embraſſaient avec grande effuſion de tendreſſe. Elle, les preſſant alors dans ses bras, pleurait silencieuſe. Puis elle leur fit signe de la laiſſer seule. Nele dit à Ulenſpiegel :

— Laiſſons-la, elle le veut ; sauvons les carolus.

Ils s’en furent à deux ; Katheline tournait autour de Soetkin, diſant :

— Creuſez un trou : l’âme veut partir.

Et Soetkin, l’œil fixe, la regardait sans la voir.

Les chaumines de Claes & de Katheline se touchaient, celle de Claes était en un enfoncement avec un jardinet devant la maiſon, celle de Katheline avait un clos planté de fèves donnant sur la rue. Le clos était entouré d’une haie vive, dans laquelle Ulenſpiegel, pour aller chez Nele, & Nele, pour aller chez Ulenſpiegel, avaient fait un grand trou en leur jeune âge.

Ulenſpiegel & Nele vinrent dans le clos, & de là virent le soudard-gardien qui, le chef branlant, crachait en l’air, mais la salive retombait sur son pourpoint. Un flacon d’oſier giſait à côté de lui :