Page:De Coster - La Légende d’Ulenspiegel, 1869.djvu/237

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Quoique l’inquiſition papale eût, sous le règne de Charles tué, par le bûcher, la foſſe & la corde, cent mille chrétiens ; quoique les biens des pauvres condamnés fuſſent entrés dans les coffres de l’empereur & du roi, ainſi que la pluie en l’égout, Philippe jugea que ce n’était point aſſez ; il impoſa au pays les nouveaux évêques & prétendit y introduire l’Inquiſition d’Eſpagne.

Et les hérauts des villes lurent partout à son de trompe & de tambourins des placards décrétant pour tous hérétiques, hommes, femmes & fillettes, la mort par le feu pour ceux qui n’abjureraient point leur erreur, par la corde pour ceux qui l’abjureraient. Les femmes & fillettes seraient enterrées vives, & le bourreau danſerait sur leur corps.

Et le feu de réſiſtance courut par tout le pays.


VI


Le cinq avril avant Pâques, les seigneurs comte Louis de Naſſau, de Culembourg, de Brederode, l’Hercule buveur, entrèrent avec trois cents autres gentilſhommes en la cour de Bruxelles, chez madame la gouvernante ducheſſe de Parme. Allant quatre à quatre de rang, ils montèrent ainſi les grands degrés du palais.

Étant dans la salle où se trouvait Madame, ils lui préſentèrent une requête par laquelle ils lui demandaient de chercher à obtenir du roi Philippe l’abolition des placards touchant le fait de la religion & auſſi de l’inquiſition d’Eſpagne, déclarant que dans nos pays mécontents, il n’en pourrait arriver que troubles, ruines & miſère générale.

Et cette requête fut nommée Le Compromis.

Berlaymont, qui fut plus tard si traître & cruel à la terre des pères, se tenait près de Son Alteſſe & lui dit, se gauſſant de la pauvreté de quelques-uns des nobles confédérés :

— Madame, n’ayez crainte de rien : ce ne sont que gueux.

Signifiant ainſi que ces nobles s’étaient ruinés au service du roi ou bien en voulant égaler par leur luxe les seigneurs eſpagnols.