Page:De Coster - La Légende d’Ulenspiegel, 1869.djvu/276

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un coup de vent. Mais il prit ce vent en patience, diſant qu’il lui rafraîchirait l’attention.

Puis il entendit meſſeigneurs d’Orange, d’Egmont & les autres entrer dans la salle. Ils commencèrent à parler des craintes qu’ils avaient, de la colère du roi & de la mauvaiſe adminiſtration des deniers & finances. L’un d’eux parlait d’un ton âpre, hautain & clair, c’était d’Egmont. Ulenſpiegel le reconnut, comme il reconnut d’Hoogſtraeten, à sa voix enrouée ; de Hoorn, à sa groſſe voix ; le comte Louis de Naſſau, à son parler ferme & guerrier ; & le Taiſeux, à ce qu’il prononçait lentement toutes ses paroles comme s’il les eût peſées chacune en une balance.

Le comte d’Egmont demanda pourquoi on les réuniſſait une seconde fois, tandis qu’à Hellegat ils avaient eu le loiſir de décider ce qu’ils voulaient faire.

De Hoorn répondit :

— Les heures sont rapides, le roi se fâche, gardons-nous de temporiſer.

Le Taiſeux alors dit :

— Les pays sont en danger ; il faut les défendre contre l’attaque d’une armée étrangère.

D’Egmont répondit en s’emportant, qu’il trouvait étonnant que le roi ou maître crût devoir y envoyer une armée, alors que tout était pacifié par les soins des seigneurs & notamment par les siens.

Mais le Taiſeux :

— Philippe a aux Pays-Bas quatorze bandes d’ordonnance, dont tous les soudards sont dévoués à celui qui commanda à Gravelines & à Saint-Quentin.

— Je ne comprends pas, dit d’Egmont.

Le prince repartit :

— Je ne veux rien dire davantage, mais il va être fait lecture, à vous & aux seigneurs réunis, de certaines lettres, celles du pauvre Montigny pour le commencement.

Dans ses lettres, meſſire de Montigny écrivait :

« Le roi eſt extrêmement fâché de ce qui eſt arrivé aux Pays-Bas, & il punira, à l’heure donnée, les fauteurs de troubles. »

Sur ce, le comte d’Egmont dit qu’il avait froid, & qu’il serait bon d’allumer un grand feu de bois. Cela fut fait pendant que les deux seigneurs cauſaient des lettres.