Page:De Coster - La Légende d’Ulenspiegel, 1869.djvu/55

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— Don Philippe, dit-il, viens me saluer.

L’infant, sans bouger, le regarda de ses yeux craintifs où il n’y avait point d’amour.

— Eſt-ce toi, demanda l’empereur, qui as brûlé à ce feu cette beſtiole ?

L’infant baiſſa la tête.

Mais l’empereur :

— Si tu fus aſſez cruel pour le faire, sois aſſez vaillant pour l’avouer.

L’infant ne répondit point.

Sa Majeſté lui arracha des mains le citron, qu’il jeta à terre, & allait battre son fils piſſant de peur, quand l’archevêque l’arrêtant lui dit à l’oreille :

— Son Alteſſe sera un jour grande brûleuſe d’hérétiques.

L’empereur sourit, & tous deux sortirent, laiſſant l’infant seul avec sa guenon.

Mais il en était d’autres qui n’étaient point des guenons & mouraient dans les flammes.


XXIII


Novembre était venu, le mois grelard où les touſſeux se donnent à cœur-joie de la muſique de phlegmes. C’eſt auſſi en ce mois que les garçonnets s’abattent par troupes sur les champs de navets, y maraudant ce qu’ils peuvent, à la grande colère des payſans, qui courent vainement derrière eux avec des bâtons & des fourches.

Or, un soir qu’Ulenſpiegel revenait de maraude, il entendit près de lui, dans un coin de la haie, un gémiſſement. Se baiſſant, il vit sur quelques pierres un chien giſant.

— Ça, dit-il, plaintive bieſtelette, que fais-tu là si tard ?

Careſſant le chien, il lui sentit le dos humide, penſa qu’on l’avait voulu noyer &, pour le réchauffer, le prit dans ses bras.

Rentrant chez lui il dit :

— J’amène un bleſſé, qu’en faut-il faire ?

— Le panſer, répondit Claes.

Ulenſpiegel mit le chien sur la table : Claes, Soetkin & lui virent alors, à