Page:De Coster - La Légende d’Ulenspiegel, 1869.djvu/553

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brillait l’éclair : la lune montrait à peine entre deux nuées les cornes d’or de son croiſſant ; les feux follets d’Ulenſpiegel & de Nele s’en furent danſer avec les autres dans la prairie.

Soudain Nele & son ami furent pris par la grande main d’un géant qui les jetait en l’air comme des ballons d’enfants, les reprenait, les roulait l’un sur l’autre & les pétriſſait entre ses mains, les jetait dans les flaques d’eau entre les collines & les en retirait pleins d’herbes marines. Puis les promenant dans l’eſpace, il chanta d’une voix éveillant de peur toutes les mouettes des îles :

Ils veulent d’un œil bigle,
Ces pucerons chétifs,
Lire les divins sigles
Que nous tenons captifs.
Lis, puce, le myſtère ;
Lis, pou, le mot sacré
Qui dans l’air, ciel & terre
Par sept clous eſt ancré.

Et de fait, Ulenſpiegel & Nele virent sur le gazon, dans l’air & dans le ciel, sept tables d’airain lumineux qui y étaient attachées par sept clous flamboyants. Sur les tables il était écrit :

Dans les fumiers germent les sèves ;
Sept eſt mauvais, mais sept eſt bon ;
Diamants sortent du charbon ;
De sots docteurs, sages élèves :
Sept eſt mauvais, mais sept eſt bon.

Et le géant marchait suivi de tous les feux follets, qui suſurrant comme des cigales diſaient :

Regardez bien, c’eſt leur grand maître,
Pape des papes, roi des rois,
C’eſt lui qui mène Céſar paître :
Regardez bien, il eſt de bois.

Soudain ses traits s’altérèrent, il parut plus maigre, triſte & grand. Il tenait d’une main un sceptre & de l’autre une épée. Il avait nom Orgueil.

Et jetant Nele & Ulenſpiegel sur le sol, il dit :

— Je suis Dieu.