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LA SORTIE DU COLLÈGE

variées et gros souliers de peau de bœuf du pays, plissés à l’iroquoise. Le costume de l’autre est à peu près celui des deux jeunes voyageurs, mais beaucoup moins riche. Le premier, d’une haute stature, aux manières brusques, est un traversier de la Pointe-Lévis (a). Le second, d’une taille moyenne, aux formes athlétiques, est au service du capitaine d’Haberville, père de Jules : soldat pendant la guerre, il prend ses quartiers chez lui pendant la paix. Il est du même âge que son capitaine et son frère de lait. C’est l’homme de confiance de la famille : il a bercé Jules, il l’a souvent endormi dans ses bras, en chantant les gais refrains de nos voyageurs des pays hauts.

— Comment te portes-tu, mon cher José ? Comment as-tu laissé ma famille ? dit Jules, en se jetant dans ses bras.

— Tous ben, yeux (Dieu) merci, fit José ; ils vous mandent ben des compliments et ils ont grand hâte de vous voir. Mais comme vous avez profité depuis huit mois que je ne vous ai vu ! ma frine (foi), M. Jules, ça fait plaisir à voir.[1]

José, quoique traité avec la bonté la plus familière par toute la famille d’Haberville, ne manquait jamais aux égards qu’il leur devait.

Une question n’attend pas l’autre ; Jules s’informe des domestiques, des voisins, du vieux chien, qu’étant en trente-sixième, il avait nommé Niger, comme preuve de ses progrès dans la langue latine. Il ne

  1. L’auteur met dans la bouche de José le langage des anciens habitants de nos campagnes, sans néanmoins s’y astreindre toujours.