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LA CORRIVEAU.

— Ce n’est pas un conte de curé, reprit vivement José ; mais c’est aussi vrai que quand il nous parle dans la chaire de vérité : car mon défunt père ne mentait jamais.

— Nous vous croyons, mon cher José, dit de Locheill ; mais continuez, s’il vous plaît, votre charmante histoire.

— Si donc, dit José, que mon défunt père tout brave qu’il était avait une si fichue peur, que l’eau lui dégouttait par le bout du nez, gros comme une paille d’avoine. Il était là, le cher homme, les yeux plus grands que la tête, sans oser bouger. Il lui sembla bien qu’il entendait derrière lui le tic, tac, qu’il avait déjà entendu plusieurs fois pendant sa route ; mais il avait trop de besogne par devant, sans s’occuper de ce qui se passait derrière lui. Tout-à-coup, au moment où il s’y attendait le moins, il sent deux grandes mains, sèches comme des griffes d’ours, qui lui serrent les épaules : — il se retourne tout effarouché et se trouve face à face avec la Corriveau qui se grappignait amont lui. — Elle avait passé les mains à travers les barreaux de sa cage de fer et s’efforçait de lui grimper sur le dos ; mais la cage était pesante et à chaque élan qu’elle prenait, elle retombait à terre, avec un bruit rauque, sans lâcher pourtant les épaules de mon pauvre défunt père qui pliait sous le fardeau. S’il ne s’était pas tenu solidement avec ses deux mains à la clôture, il aurait écrasé sous la charge. Mon pauvre défunt père était si saisis d’horreur qu’on aurait entendu l’eau qui lui coulait de la tête tomber sur la clôture, comme des grains de gros plomb à canard.

— Mon cher François, dit la Corriveau, fais-moi le plaisir de me mener danser avec mes amis de l’île d’Orléans.