Page:De Gaspé - Les anciens canadiens, 1863.djvu/56

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Il était encore à moitié ensorcelé. Si bien toujours, qu’à la fin il s’aperçut qu’il était couché de tout son long dans un fossé où il y avait heureusement plus de vase que d’eau, car sans cela mon pauvre défunt père, qui est mort comme un saint, entouré de tous ses parents et amis, et muni de tous les sacrements de l’église sans en manquer un, aurait trépassé sans confession, comme un orignal au fond des bois, sauf le respect que je lui dois et à vous, les jeunes messieurs. Quand il se fut déhâlé du fossé où il était serré comme dans une étoque (étau), le premier objet qu’il vit fut son flacon sur la levée du fossé ; ça lui ranima un peu le courage. Il étendit la main pour prendre un coup ; mais, bernique ! il était vide ! la sorcière avait tout bu.

— Mon cher José, dit de Locheill, je ne suis pourtant pas plus lâche qu’un autre ; mais, si pareille aventure m’était arrivée, je n’aurais jamais voyagé seul de nuit.

— Ni moi non plus, interrompit d’Haberville.

— À vous dire le vrai, mes messieurs, dit José, puisque vous avez tant d’esprit, je vous dirai en confidence que mon défunt père, qui avant cette aventure aurait été dans un cimetière en plein cœur de minuit, n’était plus si hardi après cela, car il n’osait aller seul faire son train dans l’étable, après soleil couché.

— Il faisait très prudemment ; mais achève ton histoire, dit Jules.

— Elle est déjà finie, reprit José ; mon défunt père attela sa guevalle, qui n’avait eu connaissance de rien, à ce qu’il paraît, la pauvre bête ! et prit au plus vite le chemin de la maison : ce ne fut que quinze jours après qu’il nous raconta son aventure.

— Que dites-vous, maintenant, monsieur l’incrédule