Page:De Gaspé - Les anciens canadiens, 1863.djvu/75

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fera le reste. Maintenant une corde forte, mais aussi légère que possible, et un bon nœud de marin.

Il dit ; et tandis que le vieux capitaine lui attachait l’amarre sous le bras, il se ceignit lui-même le corps d’une autre corde, dont il fit un petit rouleau qu’il tint dans la main droite ; ainsi préparé, il s’élança dans la rivière où il disparut un instant ; mais quand il revint sur l’eau, le courant l’entraînait rapidement vers le rivage. Il fit alors tous les efforts prodigieux d’un puissant nageur pour aborder l’îlot, sans pouvoir réussir : ce que voyant Marcheterre, il se hâta en descendant le long de la grève, de le ramener à terre avant que ses forces fussent épuisées. Une fois sur le rivage, de Locheill reprit aussitôt sa course vers le rocher.

Les spectateurs respirèrent à peine lorsqu’ils virent Arché se précipiter dans les flots pour secourir Dumais qu’ils avaient désespéré de sauver. Tout le monde connaissait la force herculéenne de Locheill et ses exploits aquatiques dans les visites fréquentes qu’il faisait au seigneur de Beaumont avec son ami Jules, pendant leurs vacances du collége. Aussi l’anxiété avait-elle été à son comble pendant la lutte terrible du jeune homme, repoussé sans cesse vers le rivage, malgré des efforts qui semblaient surhumains ; et un cri de douleur s’était échappé de toutes les poitrines en voyant la défaite.

Jules d’Haberville n’avait eu aucune connaissance de cette tentative de sauvetage de son ami de Locheill. D’une nature très impressionnable, il n’avait pu soutenir, à son arrivée sur la plage, le spectacle déchirant d’une si grande infortune. Après un seul regard empreint de la plus ineffable compassion, il avait