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PROLOGUE




I


Autant qu’un honnête homme peut moralement différer d’un honnête homme, le comte Samuel de Savigny différait de son frère jumeau, Olivier. Mais la nature fantasque avait habillé leurs âmes dissemblables d’enveloppes identiques : tous les deux étaient blonds, élégants, et se distinguaient par la finesse, la régularité des traits autant que par la noblesse et la fierté de l’allure.

Quand ils chevauchaient l’un près de l’autre, promenant leur jeunesse insouciante sous le ciel de la Saintonge, on disait, en les regardant avec admiration : « Comme ils sont beaux, nos aimables seigneurs, et qu’ils se ressemblent ! » Rien n’était plus vrai, car seule l’expression de leur regard trahissait une diversité de tempérament : les yeux de l’un rayonnaient, ceux de l’autre lançaient des éclairs ; ce qui faisait rêver le premier, exaltait le second. L’aîné jugeait avec le cœur, le cadet avec la raison.

Et quant au courage, Samuel avait cette fermeté douce qui sait simplement aller jusqu’à l’héroïsme ; Olivier était brave avec éclat.