Page:De Staël – De l’Allemagne, Tome 1, 1814.djvu/93

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L’AUTRICHE

ces biens. Il en faut pourtant de plus nobles pour se croire une patrie. Le sentiment patriotique se compose des souvenirs que les grands hommes ont laissés, de l’admiration qu’inspirent les chefs-d’œuvre du génie national ; enfin de l’amour que l’on ressent pour les institutions, la religion et la gloire de son pays. Toutes ces richesses de l’âme sont les seules que raviroit un joug étranger ; mais si l’on s’en tenoit uniquement aux jouissances matérielles, le même sol, quel que fut son maître, ne pourroit-il pas toujours les procurer ?

L’on craignoit à tort dans le dernier siècle, en Autriche, que la culture des lettres n’affoiblît l’esprit militaire. Rodolphe de Habsbourg détacha de son cou la chaîne d’or qu’il portait, pour en décorer un poëte alors célèbre. Maximilien fit écrire un poëme sous sa dictée. Charles-Quint savoit et cultivoit presque toutes les langues. Il y a voit jadis sur la plupart des trônes de l’Europe des souverains instruits dans tous les genres, et qui trouvoient dans les connaissances littéraires une nouvelle source de grandeur d’âme. Ce ne sont ni les lettres ni les sciences qui nuiront jamais à l’énergie du caractère. L’éloquence rend plus brave, la bravoure rend plus éloquent ;