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LA LITTÉRATURE ET LES ARTS

injuste : il ne veut pas laisser voir à la femme qu’il aime, et dont il est aimé, l’amour qu’il a pour elle, déterminé qu’il est à ne pas lui faire partager son malheur en l’épousant. Voilà tout le sujet de Minna de Barnhelm. Avec des moyens aussi simples Lessing a su produire un grand intérêt ; le dialogue est plein d’esprit et de charme, le style très-pur, et chaque personnage se fait si bien connoître, que les moindres nuances de leurs impressions intéressent, comme la confidence d’un ami. Le caractère d’un vieux sergent, dévoué de toute son âme au jeune officier qu’on persécute, offre un mélange heureux de gaieté et de sensibilité ; ce genre de rôle réussit toujours au théâtre ; la gaieté plaît davantage quand on est assuré qu’elle ne tient pas à l’insouciance, et la sensibilité paroît plus naturelle quand elle ne se montre que par intervalles. Dans cette même pièce il y a un rôle d’aventurier français tout-à-fait manqué ; il faut avoir la main légère pour trouver ce qui peut prêter à la moquerie dans les Français ; et la plupart des étrangers ne les ont peints qu’avec des traits lourds, et dont la ressemblance n’est ni délicate ni frappante.

Emilia Galotti n’est pas le sujet de Virginie