Page:De la Mennais - De la religion, 1826.djvu/46

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Des extrémités de l’ordre social, si ce mot a ici un sens, on les verra se précipiter, accourir en foule, pour passer à travers les richesses, les grandeurs, le pouvoir. Qui restera ferme alors ? Qui ne cèdera pas à l’entraînement, à la séduction générale ? S’il en est, qu’ils rendent grâce à Dieu ; c’est lui qui les aura sauvés. La probité, la vertu, la religion même, succomberont en plusieurs, qui se mettront à raisonner avec leur conscience, à se dire que pourtant on ne doit non plus rien exagérer ; qu’on a des devoirs envers les siens ; que trop de roideur achèveroit de tout perdre ; que la sagesse conseille de se prêter aux circonstances ; que le bien, tel qu’on le voudroit, n’est plus de saison, que c’est beaucoup déjà d’éviter l’excès du mal ; et en croyant ne choisir qu’entre deux maux, souvent ils choisiront entre deux crimes. La lâcheté, dans le langage de ce temps, s’appellera modération. De tristes exemples seront donnés ; on en fera des modèles : car il faudra bien qu’à cette époque de vertige et de bouleversement, la foiblesse ait son lustre, et le scandale sa gloire.

Jamais les charges publiques n’auront été si pesantes : on taxera jusqu’à la lumière. Dans les siècles de servitude on prélevoit la dîme des gerbes, dans le siècle de la liberté on prélèvera celle des hommes. De là un nouveau genre de trafic, plus ou moins étendu, plus ou moins lucratif, selon