Page:Defoe - Robinson Crusoé, Borel et Varenne, 1836, tome 2.djvu/174

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leurs flèches un de ses compatriotes comme ils tuèrent ensuite un des Espagnols et un des esclaves indiens acquis avec les femmes. Cet esclave était un brave compagnon, qui avait combattu en furieux. De sa propre main il avait tué cinq Sauvages, quoiqu’il n’eût pour armes qu’un des bâtons ferrés et une hache.

Atkins étant blessé et deux autres étant tués, nos hommes, ainsi maltraités, se retirèrent sur un monticule dans le bois. Les Espagnols, après avoir fait trois décharges opérèrent aussi leur retraite ; car les Indiens étaient si nombreux, car ils étaient si désespérés, que malgré qu’il y en eût de tués plus de cinquante et un beaucoup plus grand nombre de blessés, ils se jetaient sans peur du danger sous la dent de nos hommes et leur envoyaient une nuée de flèches. On remarqua même que leurs blessés qui n’étaient pas tout-à-fait mis hors de combat, exaspérés par leurs blessures, se battaient comme des enragés.

Nos gens, dans leur retraite, avaient laissé derrière eux les cadavres de l’Espagnol et de l’Anglais. Les Sauvages, quand ils furent arrivés auprès, les mutilèrent de la manière la plus atroce, leur brisant les bras, les jambes et la tête avec leurs massues et leurs sabres de bois, comme de vrais Sauvages qu’ils étaient. Mais, voyant que nos hommes avaient disparu, ils semblèrent ne pas vouloir les poursuivre, formèrent une espèce de cercle, ce qu’ils ont coutume de faire, à ce qu’il paraît, et poussèrent deux grands cris en signe de victoire ; après quoi ils eurent encore la mortification de voir tomber plusieurs de leurs blessés qu’avait épuisés la perte de leur sang.

Le gouverneur espagnol ayant rassemblé tout son petit corps d’armée sur une éminence, Atkins, quoique blessé, opinait pour qu’on se portât en avant et qu’on fît une