Page:Defoe - Robinson Crusoé, Borel et Varenne, 1836, tome 2.djvu/23

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d’octobre. En atteignant les frontières de la Navarre, nous fûmes alarmés en apprenant dans quelques villes le long du chemin que tant de neige était tombée sur le côté français des montagnes, que plusieurs voyageurs avaient été obligés de retourner à Pampelune, après avoir à grands risques tenté passage.

Arrivés à Pampelune, nous trouvâmes qu’on avait dit vrai ; et pour moi, qui avais toujours vécu sous un climat chaud, dans des contrées où je pouvais à peine endurer des vêtements, le froid fut insupportable. Au fait, il n’était pas moins surprenant que pénible d’avoir quitté dix jours auparavant la Vieille-Castille, où le temps était non-seulement chaud mais brûlant, et de sentir immédiatement le vent des Pyrénées si vif et si rude qu’il était insoutenable, et mettait nos doigts et nos orteils en danger d’être engourdis et gelés. C’était vraiment étrange.

Le pauvre Vendredi fut réellement effrayé quand il vit ces montagnes toutes couvertes de neige et qu’il sentit le froid de l’air, choses qu’il n’avait jamais ni vues ni ressenties de sa vie.

Pour couper court, après que nous eûmes atteint Pampelune, il continua à neiger avec tant de violence et si long-temps, qu’on disait que l’hiver était venu avant son temps. Les routes, qui étaient déjà difficiles, furent alors tout-à-fait impraticables. En un mot, la neige se trouva en quelques endroits trop épaisse pour qu’on pût voyager, et, n’étant point durcie ; par la gelée, comme dans les pays septentrionaux, on courait risque d’être enseveli vivant à chaque pas. Nous ne nous, arrêtâmes pas moins de vingt jours à Pampelune ; mais, voyant que l’hiver s’approchait sans apparence d’adoucissement, – ce fut par toute l’Europe l’hiver le plus rigoureux qu’il y eût eu depuis