Page:Defoe - Robinson Crusoé, Borel et Varenne, 1836, tome 2.djvu/239

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par un chemin qui n’était connu que de moi, et où les arbres s’élevaient si épais qu’il n’était pas facile de voir à travers les touffes de feuillage, qui permettaient encore moins d’être vu qu’elles ne laissaient voir. Quand nous fûmes arrivés à la rive du bois, j’apperçus Atkins et sa sauvage épouse au teint basané assis à l’ombre d’un buisson et engagés dans une conversation animée. Je restai coi jusqu’à ce que mon ecclésiastique m’eût rejoint ; et alors, lui ayant montré où ils étaient, nous fîmes halte et les examinâmes long-temps avec la plus grande attention.

Nous remarquâmes qu’il la sollicitait vivement en lui montrant du doigt là-haut le soleil et toutes les régions des cieux ; puis en bas la terre, puis au loin la mer, puis lui-même, puis elle, puis les bois et les arbres. – « Or, me dit mon ecclésiastique, vous le voyez, voici que mes paroles se vérifient : il la prêche. Observez-le ; maintenant il lui enseigne que notre Dieu les a faits, elle et lui, de même que le firmament, la terre, la mer, les bois et les arbres. » – « Je le crois aussi, lui répondis-je. » – Aussitôt nous vîmes Atkins se lever, puis se jeter à genoux en élevant ses deux mains vers le ciel. Nous supposâmes qu’il proférait quelque chose, mais nous ne pûmes l’entendre : nous étions trop éloignés pour cela. Il resta à peine une demi-minute agenouillé, revint s’asseoir près de sa femme et lui parla derechef. Nous remarquâmes alors combien elle était attentive ; mais gardait-elle le silence ou parlait-elle, c’est ce que nous n’aurions su dire. Tandis que ce pauvre homme était agenouillé, j’avais vu des larmes couler en abondance sur les joues de mon ecclésiastique, et j’avais eu peine moi-même à me retenir. Mais c’était un grand chagrin pour nous que de ne pas être assez près pour entendre quelque chose de ce qui s’agitait entre eux.