Page:Defoe - Robinson Crusoé, Borel et Varenne, 1836, tome 2.djvu/304

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à terre. Les naturels faisaient pleuvoir sur nous une telle grêle de flèches, que nous fûmes obligés de barricader un des côtés de la barque avec des bancs et deux ou trois planches détachées qu’à notre grande satisfaction, par un pur hasard, ou plutôt providentiellement, nous trouvâmes dans l’esquif.

Toutefois, ils étaient, ce semble, tellement adroits tireurs que, s’il eût fait jour et qu’ils eussent pu appercevoir la moindre partie de notre corps, ils auraient été sûrs de nous. À la clarté de la lune on les entrevoyait, et comme du rivage où ils étaient arrêtés ils nous lançaient des sagaies et des flèches, ayant rechargé nos armes, nous leur envoyâmes une fusillade que nous jugeâmes avoir fait merveille aux cris que jetèrent quelques-uns d’eux. Néanmoins, ils demeurèrent rangés en bataille sur la grève jusqu’à la pointe du jour, sans doute, nous le supposâmes, pour être à même de nous mieux ajuster.

Nous gardâmes aussi la même position, ne sachant comment faire pour lever l’ancre et mettre notre voile au vent, parce qu’il nous eût fallu pour cela nous tenir debout dans le bateau, et qu’alors ils auraient été aussi certains de nous frapper que nous le serions d’atteindre avec de la cendrée un oiseau perché sur un arbre. Nous adressâmes des signaux de détresse au navire, et quoiqu’il fût mouillé à une lieue, entendant notre mousquetade, et, à l’aide de longues-vues, découvrant dans quelle attitude nous étions et que nous faisions feu sur le rivage, mon neveu nous comprit le reste. Levant l’ancre en toute hâte, il fit avancer le vaisseau aussi près de terre que possible ; puis, pour nous secourir, nous dépêcha une autre embarcation montée par dix hommes. Nous leur criâmes de ne point trop s’approcher, en leur faisant connaître notre situation. Nonobstant, ils s’avancè-