Page:Defoe - Robinson Crusoé, Borel et Varenne, 1836, tome 2.djvu/334

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élément ; mais je puis bien dire avec vérité que si le commerce n’était pas mon élément, une vie errante l’était ; et jamais proposition d’aller visiter quelque coin du monde que je n’avais point encore vu ne pouvait m’arriver mal à propos.

Il se passa toutefois quelque temps avant que nous eussions pu nous procurer un navire à notre gré ; et quand nous eûmes un navire, il ne fut pas aisé de trouver des marins anglais, c’est-à-dire autant qu’il en fallait pour gouverner le voyage et diriger les matelots que nous prendrions sur les lieux. À la fin cependant nous trouvâmes un lieutenant, un maître d’équipage et un canonnier anglais, un charpentier hollandais, et trois Portugais, matelots du gaillard d’avant ; avec ce monde et des marins indiens tels quels nous pensâmes que nous pourrions passer outre.

Il y a tant de voyageurs qui ont écrit l’histoire de leurs voyages et de leurs expéditions dans ces parages, qu’il serait pour tout le monde assez insipide de donner une longue relation des lieux où nous allâmes et des peuples qui les habitent. Je laisse cette besogne à d’autres, et je renvoie le lecteur aux journaux des voyageurs anglais, dont beaucoup sont déjà publiés et beaucoup plus encore sont promis chaque jour. C’est assez pour moi de vous dire que nous nous rendîmes d’abord à Achem, dans l’île de Sumatra, puis de là à Siam, où nous échangeâmes quelques-unes de nos marchandises contre de l’opium et de l’arack ; le premier est un article d’un grand prix chez les Chinois, et dont ils avaient faute à cette époque. En un mot nous allâmes jusqu’à Sung-Kiang ; nous fîmes un très-grand voyage ; nous demeurâmes huit mois dehors, et nous retournâmes au Bengale. Pour ma part, je fus grandement satisfait de mon entreprise. – J’ai remarqué qu’en Angleterre souvent on s’étonne de ce que les officiers que la Compagnie envoie aux Indes