Page:Defoe - Robinson Crusoé, Borel et Varenne, 1836, tome 2.djvu/336

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en plus désireux de courir et de voir. J’étais venu dans une partie du monde que je n’avais jamais visitée, celle dont plus particulièrement j’avais beaucoup entendu parler, et j’étais résolu à la parcourir autant que possible : après quoi, pensais-je, je pourrais dire que j’avais vu tout ce qui au monde est digne d’être vu.

Mais mon compagnon de voyage et moi nous avions une idée différente. Je ne dis pas cela pour insister sur la mienne, car je reconnais que la sienne était la plus juste et la plus conforme au but d’un négociant, dont toute la sagesse, lorsqu’il est au dehors en opération commerciale, se résume en cela, que pour lui la chose la meilleure est celle qui peut lui faire gagner le plus d’argent. Mon nouvel ami s’en tenait au positif, et se serait contenté d’aller, comme un cheval de roulier, toujours à la même auberge, au départ et au retour, pourvu, selon sa propre expression, qu’il y pût trouver son compte. Mon idée, au contraire, tout vieux que j’étais, ressemblait fort à celle d’un écolier fantasque et buissonnier qui ne se soucie point devoir une chose deux fois.

Or ce n’était pas tout. J’avais une sorte d’impatience de me rapprocher de chez moi, et cependant pas la moindre résolution arrêtée sur la route à prendre. Durant cette indétermination, mon ami, qui était toujours à la recherche des affaires, me proposa un autre voyage aux îles des Épices pour rapporter une cargaison de clous de girofle de Manille ou des environs, lieux où vraiment les Hollandais font tout le commerce, bien qu’ils appartiennent en partie aux Espagnols. Toutefois nous ne poussâmes pas si loin, nous nous en tînmes seulement à quelques autres places où ils n’ont pas un pouvoir absolu comme ils l’ont à Batavia, Ceylan et cætera. Nous n’avions pas été longs à nous