Page:Defoe - Robinson Crusoé, Borel et Varenne, 1836, tome 2.djvu/347

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lon blanc auquel elles n’avaient point fait réponse, et, déployant le pavillon rouge, nous tirâmes sur elles à boulets. Sans en tenir aucun compte elles poursuivirent. Quand elles furent assez près pour être hélées avec le porte-voix que nous avions à bord nous les arraisonnâmes, et leur enjoignîmes de s’éloigner, que sinon mal leur en prendrait.

Ce fut peine perdue, elles n’en démordirent point, et s’efforcèrent d’arriver sous notre poupe comme pour nous aborder par l’arrière. Voyant qu’elles étaient résolues à tenter un mauvais coup, et se fiaient sur les forces qui les suivaient, je donnai l’ordre de mettre en panne afin de leur présenter le travers, et immédiatement on leur tira cinq coups de canon, dont un avait été pointé si juste qu’il emporta la poupe de la chaloupe la plus éloignée, ce qui mit l’équipage dans la nécessité d’amener toutes les voiles et de se jeter sur l’avant pour empêcher qu’elle ne coulât ; elle s’en tint là, elle en eut assez ; mais la plus avancée n’en poursuivant pas moins sa course, nous nous préparâmes à faire feu sur elle en particulier.

Dans ces entrefaites, une des trois qui suivaient, ayant devancé les deux autres, s’approcha de celle que nous avions désemparée pour la secourir, et nous la vîmes ensuite en recueillir l’équipage. Nous hélâmes de nouveau la chaloupe la plus proche, et lui offrîmes de nouveau une trêve pour parlementer, afin de savoir ce qu’elle nous voulait : pour toute réponse elle s’avança sous notre poupe. Alors notre canonnier, qui était un adroit compagnon, braqua ses deux canons de chasse et fit feu sur elle ; mais il manqua son coup, et les hommes de la chaloupe, faisant des acclamations et agitant leurs bonnets, poussèrent en avant. Le canonnier, s’étant de nouveau promptement apprêté, fit feu sur eux une seconde fois. Un boulet, bien qu’il n’atteignît pas l’embar-