Page:Defoe - Robinson Crusoé, Borel et Varenne, 1836, tome 2.djvu/392

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gouvernement bien digne de commander à tel peuple ; et en un mot, car je suis maintenant tout-à-fait lancé hors de mon sujet, et en un mot, dis-je si la Moscovie n’était pas à une si énorme distance, si l’Empire moscovite n’était pas un ramassis d’esclaves presque aussi grossiers, aussi faibles, aussi mal gouvernés que les Chinois eux-mêmes, le Czar de Moscovie pourrait tout à son aise les chasser touts de leur contrée et la subjuguer dans une seule campagne. Si le Czar, qui, à ce que j’entends dire, devient un grand prince et commence à se montrer formidable dans le monde, se fût jeté de ce côté au lieu de s’attaquer aux belliqueux Suédois, – dans cette entreprise aucune des puissances ne l’eût envié ou entravé, – il serait aujourd’hui Empereur de la Chine au lieu d’avoir été battu par le Roi de Suède à Narva, où les Suédois n’étaient pas un contre six. – De même que les Chinois nous sont inférieurs en force, en magnificence, en navigation, en commerce et en agriculture, de même ils nous sont inférieurs en savoir, en habileté dans les sciences : ils ont des globes et des sphères et une teinture des mathématiques ; mais vient-on à examiner leurs connaissances… que les plus judicieux de leurs savants ont la vue courte ! Ils ne savent rien du mouvement des corps célestes et sont si grossièrement et si absurdement ignorants, que, lorsque le soleil s’éclipse, ils s’imaginent qu’il est assailli par un grand dragon qui veut l’emporter, et ils se mettent à faire un charivari avec touts les tambours et touts les chaudrons du pays pour épouvanter et chasser le monstre, juste comme nous faisons pour rappeler un essaim d’abeilles.

C’est là l’unique digression de ce genre que je me sois permise dans tout le récit que j’ai donné de mes voyages ; désormais je me garderai de faire aucune description de contrée et de peuple ; ce n’est pas mon affaire, ce n’est