Page:Defoe - Robinson Crusoé, Borel et Varenne, 1836, tome 2.djvu/394

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missaire des vivres du mandarin nous soutirait très-ponctuellement ce revenant-bon, de sorte que si voyager à la suite du mandarin était une grande commodité pour nous, ce n’était pas une haute faveur de sa part, c’était, tout au contraire, un grand profit pour lui, si l’on considère qu’il y avait une trentaine de personnes chevauchant de la même manière sous la protection de son cortège ou, comme nous disions, sous son convoi. C’était, je le répète, pour lui un bénéfice tout clair : il nous prenait tout notre argent pour les vivres que le pays lui fournissait pour rien.

Pour gagner Péking nous eûmes vingt-cinq jours de marche à travers un pays extrêmement populeux, mais misérablement cultivé : quoiqu’on préconise tant l’industrie de ce peuple, son agriculture, son économie rurale, sa manière de vivre, tout cela n’est qu’une pitié. Je dis une pitié, et cela est vraiment tel comparativement à nous, et nous semblerait ainsi à nous qui entendons la vie, si nous étions obligés de le subir ; mais il n’en est pas de même pour ces pauvres diables qui ne connaissent rien autre. L’orgueil de ces pécores est énorme, il n’est surpassé que par leur pauvreté, et ne fait qu’ajouter à ce que j’appelle leur misère. Il m’est avis que les Sauvages tout nus de l’Amérique vivent beaucoup plus heureux ; s’ils n’ont rien ils ne désirent rien, tandis que ceux-ci, insolents et superbes, ne sont après tout que des gueux et des valets ; leur ostentation est inexprimable : elle se manifeste surtout dans leurs vêtements, dans leurs demeures et dans la multitude de laquais et d’esclaves qu’ils entretiennent ; mais ce qui met le comble à leur ridicule, c’est le mépris qu’ils professent pour tout l’univers, excepté pour eux-mêmes.

Sincèrement, je voyageai par la suite plus agréablement dans les déserts et les vastes solitudes de la Grande-Tar-