Page:Defoe - Robinson Crusoé, Borel et Varenne, 1836, tome 2.djvu/446

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dont cette contrée fait partie. Ils attaquent fréquemment les petites caravanes, mais nous n’en rencontrâmes point en grande troupe. J’étais curieux de voir les peaux des zibelines qu’ils chassaient ; mais je ne pus me mettre en rapport avec aucun d’eux, car ils n’osaient pas s’approcher de nous, et je n’osais pas moi-même m’écarter de la compagnie pour les joindre.

Après avoir traversé ce désert, nous entrâmes dans une contrée assez bien peuplée, c’est-à-dire où nous trouvâmes des villes et des châteaux élevés par le Czar de Moscovie, avec des garnisons de soldats stationnaires pour protéger les caravanes, et défendre le pays contre les Tartares, qui autrement rendraient la route très-dangereuse. Et sa majesté Czarienne a donné des ordres si stricts pour la sûreté des caravanes et des marchands que, si on entend parler de quelques Tartares dans le pays, des détachements de la garnison sont de suite envoyés pour escorter les voyageurs de station en station.

Aussi le gouverneur d’Adinskoy, auquel j’eus occasion de rendre visite, avec le marchand écossais qui était lié avec lui, nous offrit-il une escorte de cinquante hommes, si nous pensions qu’il y eût quelque danger, jusqu’à la prochaine station.

Longtemps je m’étais imaginé qu’en approchant de l’Europe, nous trouverions le pays mieux peuplé et le peuple plus civilisé ; je m’étais doublement trompé, car nous avions encore à traverser la nation des Tongouses, où nous vîmes des marques de paganisme et de barbarie, pour le moins aussi grossières que celles qui nous avaient frappées précédemment ; seulement comme ces Tongouses ont été assujétis par les Moscovites, et entièrement réduits, ils ne sont pas très-dangereux ; mais en fait de rudesse de mœurs,