Page:Defoe - Robinson Crusoé, Borel et Varenne, 1836, tome 2.djvu/497

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aide et leur appui, qui aurait pu me produire dans le monde et m’y rendre toute chose facile. Maintenant, j’ai des difficultés à combattre, contre lesquelles la nature même ne prévaudrait pas, et je n’ai ni assistance, ni aide, ni conseil, ni réconfort. Je m’écriai alors. » — « Seigneur, viens à mon aide, car je suis dans une grande détresse. » — « Ce fut ma première prière, si je puis l’appeler ainsi, que j’eusse faite depuis plusieurs années. »

Nous pardonnerait-on si nous osions mettre en parallèle un roman et une histoire véritable, si nous hasardions de citer quelquefois, à côté de Robinson Crusoé, l’ouvrage de Silvio Pellico, qui jouit à juste titre d’une si vaste renommée, parce qu’il est impossible de n’être pas frappé de la parfaite ressemblance qui s’offre dans leur retour à la religion, et dans les principes fondamentaux sur lesquels ils se sont appuyés l’un et l’autre.

C’est aussi par cet instinct du malheur qui court aux consolations naturelles que l’illustre Italien est revenu au Christianisme, autant que par cette infaillible logique d’un esprit élevé qui, forcé de renoncer au monde, regarde au-delà, et juge de plus haut. (Mes Prisons, tome Ier, page 28. Paris, 1834. 2 vol. in-8°, 4e édition, avec le texte en regard.)

Depuis que Robinson est convaincu que c’est une plus grande bénédiction d’être délivré du poids d’un crime que d’une affliction, tout se lie tout s’enchaîne dans le cours de son existence. Voyez quel est son respect pour la Bible et surtout pour le Nouveau-Testament, qui n’a besoin que d’être médité pour porter dans touts les cœurs l’amour de son auteur, et dont on ne quitte pas la lecture sans se sentir meilleur qu’auparavant ! « Je lisais chaque jour la parole de Dieu, et j’en appliquais toutes les consolations à mon état présent. Un matin que j’étais fort triste, j’ouvris la Bible à ce passage : Jamais, jamais je ne te délaisserai ; je ne t’abandonnerai jamais. Immédiatement il me semble que ces mots s’adressaient à moi ; pourquoi autrement m’auraient-ils été envoyés juste au moment où je me désolais sur ma situation, comme un être abandonné de Dieu et des hommes ? Eh bien, me dis-je, si Dieu ne me délaisse point, que m’importe que tout le monde me délaisse ! puisque, au contraire, si j’avais le monde entier, et que je perdisse la faveur et la bénédiction de Dieu, rien ne pourrait contrebalancer cette perte… Je n’ouvrais jamais la Bible ni ne la fermais sans qu’intérieurement mon âme ne bénit Dieu d’avoir inspiré la pensée à mon amie d’Angleterre d’emballer, sans aucun avis de moi, ce saint livre parmi mes marchandises, et d’avoir permis que plus tard je le sauvasse des débris du navire. » (Tome 1er, pages 175, 176.)

Même respect pour la Bible dans Silvio Pellico, même avidité pour la lire. « Ce livre divin, que j’avais toujours beaucoup aimé, même quand je me croyais incrédule, je l’étudiais alors avec plus de respect que jamais ; mais très-souvent encore, en dépit de ma bonne volonté, je le lisais ayant l’esprit ailleurs et ne comprenais plus. Insensiblement, je devins capable de le méditer plus profondément et de le goûter chaque jour davantage. Cette lecture ne me donna jamais la moindre disposition à la bigoterie, ou, si l’on veut, à cette dévotion mal entendue qui rend pusillanime ou fanatique. Elle m’enseignait au contraire à aimer Dieu et les hommes, à désigner toujours plus ardemment le règne de la justice, à abhorrer l’iniquité, en pardonnant à ceux qui la commettent. Le Christianisme, au lieu de détruire en moi ce que la philosophie y avait fait de bon, confirmait et étayait mes convictions de raisons plus hautes et plus puissantes. » (Mes Prisons, tome 1er, page 65.)

Il est impossible que la lecture assidue de la parole de Dieu n’augmente pas l’amour de la prière ; c’est son effet ordinaire, c’est celui qu’elle produisit sur Robinson Crusoé. Outre les passages que nous avons déjà transcrits, nous pourrions en transcrire une multitude d’autres qui respirent le même goût pour la prière ; nous nous bornerons à ceux-ci : « Ces réflexions pénétrèrent mon cœur ; je me jetai à genoux, et je remerciai Dieu à haute voix de m’avoir sauvé de cette maladie… Je laissai choir le livre, et, élevant mon cœur et mes mains vers le Ciel, dans une sorte d’extase de joie, je m’écriai. — « Jésus, fils de David ; Jésus, toi sublime prince et sauveur, donne-moi repentance. — » « Ce fut là réellement la première fois