Page:Defoe - Robinson Crusoé, Borel et Varenne, 1836, tome 2.djvu/65

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que je ne m’y attendais d’abord ; et moi, qui n’avais jamais fait qu’un voyage, – mon premier voyage en Guinée, – que je pouvais dire s’être effectué comme il avait été conçu, je commençai à croire que la même fatalité m’attendait encore, et que j’étais né pour ne jamais être content à terre, et pour toujours être malheureux sur l’Océan.

Les vents contraires nous chassèrent d’abord vers le Nord, et nous fûmes obligés de relâcher à Galway en Irlande, où ils nous retinrent trente-deux jours ; mais dans cette mésaventure nous eûmes la satisfaction de trouver là des vivres excessivement à bon marché et en très-grande abondance ; de sorte que tout le temps de notre relâche, bien loin de toucher aux provisions du navire, nous y ajoutâmes plutôt. – Là je pris plusieurs porcs, et deux vaches avec leurs veaux, que, si nous avions une bonne traversée, j’avais dessein de débarquer dans mon île : mais nous trouvâmes occasion d’en disposer autrement.

Nous quittâmes l’Irlande le 5 février, à la faveur d’un joli frais qui dura quelques jours. – Autant que je me le rappelle, c’était vers le 20 février, un soir, assez tard, le second, qui était de quart, entra dans la chambre du Conseil, et nous dit qu’il avait vu une flamme et entendu un coup de canon ; et tandis qu’il nous parlait de cela, un mouce vint nous avertir que le maître d’équipage en avait entendu un autre. Là-dessus nous courûmes touts sur le gaillard d’arrière, où nous n’entendîmes rien ; mais au bout de quelques minutes nous vîmes une grande lueur, et nous reconnûmes qu’il y avait au loin un feu terrible. Immédiatement nous eûmes recours à notre estime, et nous tombâmes touts d’accord que du côté où l’incendie se montrait il ne pouvait y avoir de terre qu’à non moins 500 lieues, car il apparaissait à l’Ouest-Nord-Ouest. Nous conclûmes alors que ce