Page:Defoe - Robinson Crusoé, Borel et Varenne, 1836, tome 2.djvu/97

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ternant et de plus affligeant d’abord que le désappointement où il tomba quand à son retour dans l’île il ne me trouva plus.

Quant aux trois barbares, – comme il les appelait – que nous avions laissés derrière nous et sur lesquels il avait une longue histoire à me conter, s’ils n’eussent été en si petit nombre, les Espagnols se seraient touts crus beaucoup mieux parmi les Sauvages. – « Il y a long-temps que s’ils avaient été assez forts nous serions touts en Purgatoire, me dit-il en se signant sur la poitrine ; mais, sir, j’espère que vous ne vous fâcherez point quand je vous déclarerai que, forcés par la nécessité, nous avons été obligés, pour notre propre conservation, de désarmer et de faire nos sujets ces hommes, qui, ne se contentant point d’être avec modération nos maîtres, voulaient se faire nos meurtriers. » – Je lui répondis que j’avais profondément redouté cela en laissant ces hommes en ces lieux, et que rien ne m’avait plus affecté à mon départ de l’île que de ne pas les voir de retour, pour les mettre d’abord en possession de toutes choses, et laisser les autres dans un état de sujétion selon qu’ils le méritaient ; mais que puisqu’ils les y avaient réduits j’en étais charmé, bien loin d’y trouver aucun mal ; car je savais que c’étaient d’intraitables et d’ingouvernables coquins, propres à toute espèce de crime.

Comme j’achevais ces paroles, l’homme qu’il avait envoyé revint, suivi de onze autres. Dans le costume où ils étaient, il était impossible de deviner à quelle nation ils appartenaient ; mais il posa clairement la question pour eux et pour moi : d’abord il se tourna vers moi et me dit en les montrant : – « Sir, ce sont quelques-uns des gentlemen qui vous sont redevables de la vie. » – Puis, se tournant vers eux et me désignant du doigt, il leur fit connaître