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Comme tout le monde

aliéné. Le petit lion bave, grogne, tourne les yeux, se trémousse, rit tout seul, fait la lippe ; et tout cela signifie : « Je suis satisfait de voir là ma petite sœur, je suis bien sur les genoux chauds de la bonne, je suis heureux ! »

Dehors, il neige à gros flocons serrés. Le jardin s’ensevelit rapidement sous la blancheur bleutée d’où la clarté monte. Mais, dans la pièce, la salamandre rouge répand une douce atmosphère.

Malgré ce bien-être et la gentille présence de ses petits, Isabelle ne relève pas une fois la tête pour sourire. Son visage pâle reste obstinément baissé sur ses mains… Isabelle, depuis huit jours, est une pénitente.

Au bord du gouffre, elle s’est arrêtée. Son épouvante a été plus forte que son amour. Le cœur déchiré, notre petite femme, à bout d’hésitations, de réflexions, de transes, a fini par renoncer tout à coup à un bonheur pour lequel elle n’est pas faite. Une nuit, couchée dans l’insomnie, les yeux fixes, elle a décidé qu’elle ne reverrait plus jamais le marquis.

Et pourtant !… Sacrifier son bonheur à elle, c’est peu. Mais sacrifier son bonheur à lui !

« Ne me faites pas souffrir, dites… Ne me faites pas souffrir… » Ah ! si elle était sûre de ne pas le faire souffrir, comme sa tâche amère deviendrait facile ! Mais endurer le remords de lui faire mal, à