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Comme tout le monde

sistent, par exemple, à verser l’eau rougie du verre dans l’œuf à la coque, ou bien à donner à manger à la poupée, en répandant toute la sauce sur le tablier propre qu’on vient de vous mettre. Parfois, à travers sa manche, sentant son bras subitement mouillé, Isabelle sortait enfin de ses songes et découvrait quelque mie de pain trempée ou quelque bout de viande collé à sa robe, œuvre de mademoiselle Zozo ou même du petit lion emprisonné dans son fauteuil de bébé.

Quelquefois, il y avait des drames. Zozo, privée de dessert dans la journée, sanglotait au moment des confitures. Sa mère l’avait ainsi privée de dessert pour un mensonge ou pour quelque autre chose qui ne regardait pas du tout la gourmandise. C’est là une méthode des parents. Ils veulent sans doute montrer de bonne heure aux enfants l’illogisme de la vie qui ne vous punit presque jamais par où l’on a péché.

Quand Léon ne restait pas silencieux, le nez dans son assiette, absorbé par ses affaires auxquelles il continuait à penser, il racontait à Isabelle quelque petite chose survenue à l’étude et capable de l’intéresser. Les jours de marché surtout, il avait toujours une anecdote à rapporter.

Un paysan, après lui avoir demandé pour trente francs de conseils au moins, lui dit un matin :