Page:Delaunay - Le monde médical parisien au dix-huitième siècle.djvu/89

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médecins Molin[1] Sylva, Pousse, des chirurgiens Bourgeois, Paros (Puzos ?), Peyrat, de Martinet, chirurgien des Enfants-Trouvés ; leur avis n’y fit rien. En 1744, on invoqua les lumières de La Peyronie dont la triste enquête fut consignée par Louis dans le tome V des Mémoires de l’Académie de chirurgie. La maison de la Couche fut enfin rebâtie en 1747, sur l’emplacement de l’église Sainte-Geneviève-des-Ardents, au Parvis-Notre-Dame ; mais la mort y poursuivit les pauvres bébés. Un nombre insuffisant de berceuses et de nourrices sédentaires leur donnait des soins sous la direction des religieuses.

« Des médecins et des chirurgiens, disait plus tard Auvity, investis de la considération publique, étaient cependant attachés à cet hôpital, mais le fatal privilège de l’habitude, des préjugés et de la prévention faisait que là comme ailleurs les enfans étaient soustraits à leurs soins et à leurs observations. Les sentiments religieux peuvent sans doute inspirer le zèle le plus ardent, mais ils ne peuvent en aucun cas suppléer aux lumières, à l’instruction et au génie de l’observation. Une horrible mortalité était chaque année le funeste résultat des pratiques vicieuses adoptées et accréditées depuis longtemps dans cet établissement. Le plus grand nombre y périssait peu de jours après y avoir été apporté. Le régime essentiellement vicieux par sa qualité, plus pernicieux encore par la manière dont il était administré était le même pour tous sans considération pour l’âge, la force et la constitution de chacun d’eux en particulier[2]. »

Tel est le piteux état de choses qui régnait en 1776, sous le médecin Lepreux ; mais quelques années après, le médecin Andry et le chirurgien Auvity, ce dernier auteur de mémoires remarquables à l’Académie de chirurgie sur le muguet, l’endurcissement du tissu cellulaire (scléréme) et l’alimentation artificielle chez les nouveaux-nés, parvinrent à diminuer la mortalité ; et ils continuèrent à s’occuper des nourrissons abandonnés

  1. Un jour de l’année 1717, on amena à la maison de la Couche un enfant abandonné sur les marches de l’église Saint-Jean-le-Rond : il fut ensuite envoyé en nourrice en Picardie pendant six semaines, puis ses parents, pour ne pas trahir leur incognito, l’en firent retirer par Jacques Molin, médecin ordinaire du Roi, qui s’en chargea par acte passé le 1er janvier 1718 devant le notaire Brussel. Cet enfant, qu’on appela Jean le Rond, devint plus tard le célèbre d’Alembert. (Léon Lallemand, loc. cit., p. 95-96).
  2. Auvity, discours aux élèves de la Maternité de Paris, 22 juin 1819.