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Page:Deledda - Elias Portolu.pdf/208

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ÉLIAS PORTOLU

et c’est le sort, c’est le démon qui nous persécute.

— Mais enfin, pourquoi viens-tu ?

— Eh bien, oui ! poursuivit Élias, de plus en plus désespéré et irrité ; oui, je viens pour vous demander encore un conseil, et je suis certain que votre conseil sera bon. Et je viens aussi pour vous demander aide ; et je suis certain que, afin d’empêcher que je ne retourne à Nuoro jusqu’au moment où la tentation aura cessé de me tourmenter, vous êtes capable de m’attacher, de m’emprisonner. Mais le sais-je, moi, si je pourrai suivre votre conseil, et si, pendant que vous m’attacherez, je ne tâcherai pas de vous mordre les mains et de m’échapper et de m’en aller faire ce que veut le démon ?

— Le démon ! le démon ! répliqua le vieillard en haussant les épaules avec mépris. C’est toujours au démon que tu t’en prends ! Je suis las de t’entendre parler ainsi. Qu’est-ce que le démon ? C’est nous-mêmes.

— Vous ne croyez pas au démon ? Et à Dieu ?

— Je ne crois à rien, Élias. Mais, quand j’ai demandé un conseil, je l’ai suivi ; et, quand j’ai sollicité l’aide d’un autre, j’ai baisé la main qui m’aidait, je ne l’ai pas mordue, comme tu mériterais que te mordît la vipère !