Page:Delille - L Homme des champs 1800.djvu/48

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L’éclatante blancheur, et la glace brillante,
En lustres azurés à ces roches pendante !
Et quel plaisir encor, lorsqu’échappé dans l’air
Un rayon du printemps vient embellir l’hiver,
Et, tel qu’un doux souris qui naît parmi des larmes,
A la campagne en deuil rend un moment ses charmes !
Qu’on goûte avec transport cette faveur des cieux !
Quel beau jour peut valoir ce rayon précieux,
Qui, du moins un moment, console la nature !
Et si mon œil rencontre un reste de verdure
Dans les champs dépouillés, combien j’aime à le voir !
Aux plus doux souvenirs il mêle un doux espoir,
Et je jouis, malgré la froidure cruelle,
Des beaux jours qu’il promet, des beaux jours qu’il rappelle.
Le ciel devient-il sombre ? Eh bien ! Dans ce salon,
Près d’un chêne brûlant, j’insulte à l’aquilon.
Dans cette chaude enceinte, avec goût éclairée,
Mille doux passe-temps abrègent la soirée.
J’entends ce jeu bruyant où, le cornet en main,
L’adroit joueur calcule un hasard incertain.
Chacun sur le damier fixe, d’un œil avide,
Les cases, les couleurs, et le plein et le vide :
Les disques noirs et blancs volent du blanc au noir ;
Leur pile croît, décroît. Par la crainte et l’espoir
Battu, chassé, repris, de sa prison sonore
Le dez avec fracas part, rentre, part encore ;