Page:Delly - Dans les ruines, ed 1978 (orig 1903).djvu/179

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— Est-ce vrai, Georgina ?

Il fixait sur sa fille ses yeux ternes… Que lut-elle dans ce regard pour que le sien, qui avait défié Even, se baissât subitement, tandis que son visage devenait blême ?… Quel sentiment de crainte ou d’impuissance clouait ses lèvres si promptes à la riposte ?

Le vieillard fit un pas et étendit la main vers elle. En ce moment, cet être vieilli, dégradé de corps et d’esprit par un long esclavage moral, recouvrait quelque chose de la majesté paternelle.

— Tu n’oses plus soutenir tes mensonges… La coupe est pleine, désormais, car je comprends le rôle infâme que tu as joué parmi nous. Par ta faute, je sens peser sur mes épaules d’épouvantables injustices… Je me repens, mais toi… toi qui nous as couverts de honte et de douleur, je te maudis comme j’ai maudit ta sœur innocente, je te chasse comme je l’ai chassée un soir, ma belle et fière enfant… Va-t’en !

Sa main tremblante désignait la porte… Georgina eut un sursaut de révolte, une flamme intense jaillit de son regard et, d’un ton insultant, elle s’écria :

— Vous voilà arrivé au même point qu’Even !… Pauvres êtres sans ressort que les patenôtres et les mines innocentes d’une petite fille suffisent pour affaisser moralement ! Vous n’aviez pas cette vertueuse indignation, mon père, lorsque je vous proposais autrefois les petites combinaisons qui devaient nous procurer des ressources… Mais, soit, je vais me retirer, quitter dès demain ce logis où régnent désormais la faiblesse et la superstition. Je n’ai que faire ici, maintenant.

— En effet, tu y as fait ou tenté tout le mal possible… Et cependant, malgré tout, la fortune de tes neveux t’échappe ! s’écria Even avec une cinglante ironie.

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