Page:Delly - Dans les ruines, ed 1978 (orig 1903).djvu/185

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— Quelle heure est-il ? murmura Even en tirant sa montre. Neuf heures et demie… La mer n’est pas encore entrée dans la grotte. Si Gaétan est là, il peut être sauvé…

De nouveau, il éleva la lanterne. Entre lui et la grotte du Loup, la distance était courte, mais comblée de lames énormes, hurlantes, qui déferlaient avec fracas contre le roc de la falaise. Les vagues sombres, couronnées d’écume, semblaient une infranchissable barrière… et cependant Even n’hésita pas. D’un mouvement résolu, il fit tomber sa veste.

— Monsieur Even !… oh ! monsieur Even ! gémit désespérément Mathurine.

— Mon oncle, qu’allez-vous faire ? s’écria Alix en joignant les mains dans un geste de terreur.

— Priez pour moi si je ne reviens pas… et merci, Alix ! dit-il d’une voix étouffée en s’élançant vers les flots.

Une minute plus tard, les deux femmes l’aperçurent soulevé par la vague, luttant contre l’élément furieux. Puis la nuit leur déroba tout.

— Il est perdu, Seigneur ! murmura Mathurine en se laissant tomber à genoux.

Alix l’imita, et la prière ardente de ces cœurs tourmentés monta vers le ciel pendant ces minutes qui leur parurent interminables. À tout instant, les deux femmes devaient reculer devant le flot qui avançait toujours.

Tout à coup, Mathurine s’écria :

— Je vois quelque chose… tenez, entre ces deux vagues… Le voilà qui disparaît… Ô Sainte Vierge, pitié !…

Une vague monstrueuse venait de s’abattre sur la forme indistincte entrevue par la servante. Quelques secondes s’écoulèrent et, de nouveau, elle reparut, jetée vers les deux femmes par le flot écumant…

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